Société

Saidou : renoncer à son diplôme pour être libre

26 août 2013

© Oiseau des Tropiques, Aquagravure de Guillaume Corneille, non daté

Passionné par l'enseignement et la littérature, Saidou* a quitté la Mauritanie en 2010 pour vivre plus librement. Après avoir obtenu son statut de réfugié en Belgique, il a entamé une procédure d'équivalence de diplôme pour tenter de faire reconnaître sa Maîtrise de Littérature.

« Faire une thèse, c’était mon rêve. »

J’ai fait des études de littérature à l’Université de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. Après ma Maîtrise, j’avais l’intention de faire une thèse. C’était vraiment mon objectif premier et ma passion. Jusqu’à la fin de l’année de ma Maîtrise j’ai cru que cela allait être possible car je pensais être le major de promotion. Mais j’ai été deuxième, et comme il n’y a qu’une seule bourse d’état par filière pour faire une thèse, je n’ai pas pu faire de troisième cycle.

J’ai alors commencé à travailler comme enseignant à domicile pour aider des étudiants de Terminale à préparer leur Baccalauréat. En parallèle, j’aidais aussi un ami qui travaillait dans un journal hebdomadaire, pour lequel j’écrivais des articles sur les conditions de vie des étudiants.

 

 « L’idée de voyage ne m’avait jamais effleuré l’esprit, mais si tu n’as pas la liberté, tu n’as rien. »

Je n’avais jamais imaginé quitter mon pays car j’avais beaucoup d’ambitions et j’étais bien inséré dans la vie professionnelle. Mais il y avait un manque de liberté sur tous les plans et j’avais envie d’être libre, je voulais vivre dans un pays sûr où l’on peut dire ce que l’on veut sans avoir de problèmes.

J’avais ainsi écrit un article sur deux étudiants homosexuels, qui n’a pas été publié par autocensure des salariés du journal, mais dont les autorités ont fini par apprendre l’existence.  À la suite de cela, j’ai reçu des menaces officielles et j’ai alors perçu les prémices d’une situation qui pouvait dégénérer.

J’ai pris la décision de partir, car si on n’a pas la liberté on n’a rien du tout : si on est privé de la liberté d’expression, on est privé de tout, et si on ne dénonce pas le problème, on ne le règlera jamais.

Je n’ai pas consulté ma famille à propos de mon départ, car ils connaissaient mes convictions sans les partager. J’ai embarqué en janvier 2010 sur un bateau marchand et je suis arrivé à Anvers deux semaines plus tard.

J’ai ensuite déposé une demande d’asile et j’ai obtenu le statut de réfugié en mars 2011.

 

 « Mon diplôme de Mauritanie est de niveau Maîtrise, mais l’équivalence que j’ai obtenue en Belgique est de niveau baccalauréat. »

Après avoir été reconnu comme réfugié, je suis resté un an sans travail. J’ai voulu lancer une procédure d’équivalence de diplôme pour ces raisons : j’avais du mal à trouver du travail, et comme j’ai eu la chance de faire des études, je voulais en profiter pour trouver un travail que j’aime et qui me convient.

Je suis allé au Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) en mars 2012, et on m’a dit que la procédure d’équivalence prenait au moins trois mois. Mais pour moi elle n’a duré qu’un mois, car il est plus facile de demander une équivalence lorsque l’on est un réfugié reconnu. Les services des équivalences savent que pour les réfugiés il n’est pas possible de fournir tous les documents, car on part souvent très rapidement de chez nous sans rien emporter. Quand j’ai déposé mon équivalence je n’avais aucun document avec moi, c’est un ami qui m’a envoyé mes diplômes depuis la Mauritanie.

 

 « J’aime mon travail car l’enseignement me passionne et ce que je fais est utile. »

Après l’équivalence, j’ai voulu reprendre les études. J’ai voulu faire de la communication, et je me suis renseigné sur les formations, mais ça prenait beaucoup de temps et le minerval était un peu cher.

Je suis donc allé à l’Institut Social Professionnel de Schaerbeek. J’ai eu un rendez-vous avec une assistance sociale qui m’a aidé à faire mon CV. Il y avait ce poste vacant de formateur,  alors j’ai candidaté, je suis allé à l’entretien, et cela c’est bien passé. J’ai commencé à travailler en Novembre 2012 pour l’asbl Dialogue Afrique Europe, et j’ai un contrat d’un an.

Cette association existe depuis 20 ans et elle a trois volets : alphabétisation des adultes, école de devoirs et banque alimentaire. Je donne des cours d’alphabétisation pour adultes et je m’occupe aussi de l’aide aux devoirs pour des enfants de 6 à 12 ans. 

J’aime ce travail car l’enseignement me passionne, et parce que ce poste est cohérent par rapport à ma formation initiale en Mauritanie. Ce travail me permet aussi de rencontrer et de travailler avec des gens différents : l’équipe comme les gens qui viennent pour les cours sont de toutes les nationalités. J’aime aussi ce travail car ce que j’y fais est utile.

Quand mon contrat sera fini, j’aimerais bien trouver quelque chose dans l’enseignement ou le journalisme. Sinon, j’aimerais faire des cours intensifs en anglais.

 

 « J’aimerais écrire pour partager mon expérience personnelle. »

J’ai un projet d’écriture qui me tient vraiment à cœur. J’aimerais partager mon expérience personnelle, pour aider les personnes qui sont dans la situation dans laquelle j’ai été. Quand je vois les personnes en difficulté au cours d’alphabétisation, je les comprends car j’étais comme eux dans l’incertitude, et je sais ce qu’ils endurent. Aujourd’hui, Dieu merci, j’ai un toit et un travail et c’est pour cela que je veux les aider.

Portrait réalisé par Héléna Van Aelst

Héléna a étudié les sciences politiques et travaille sur des questions sociales dans le milieu associatif.