Société

Nicolas, l'aventure belge d'un étudiant français

17 juillet 2013

© Jonathan Nélis / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 & GFDL

Pour celui qui a un jour été mêlé à la vie étudiante, un constat s'impose très vite: le nombre conséquent d'étudiants français dans les études paramédicales. Futurs infirmiers, ergothérapeutes, kinésithérapeutes,... J'ai voulu découvrir ce qui pousse ces Français qui veulent apprendre un métier paramédical à migrer, le temps de leur cursus, chez leurs voisins belges. Pour cela, j'ai rencontré Nicolas, originaire de Saumur. Il a étudié la kinésithérapie à l'Université Catholique de Louvain.

« Le choix des études »

Après avoir terminé son bac, Nicolas a débuté des études d’éducation physique à l’université de Nantes. Le parcours classique aurait voulu qu’il y entame un master, mais il n’était pas convaincu par cette trajectoire. Incité par un ami, Nicolas s’est intéressé au programme des études de kiné dans les facultés belges. Le programme l’a séduit... Il s’est donc lancé dans l’aventure belge !

«La galère administrative»

Débutent alors les formalités administratives : dossiers volumineux, équivalences de diplômes, copies certifiées conformes demandées par la Communauté française de Belgique (alors que cela n’existe plus en France). Et des fonctionnaires pas toujours conciliants... Il a tout de même réussi à envoyer ses dossiers dans trois grandes universités francophones: ULg, ULB, UCL, qui toutes trois l’ont accepté. L’UCL a donné sa réponse la première, c’est dans cette université qu’il s’est inscrit.

«Un concours bête et méchant et une discrimination par l'argent»

Nicolas a quitté son pays de Loire…En Belgique, il a retrouvé de nombreux Français... trois quarts de sa promotion! En raison de la différence d’âge, les Français étaient plus âgés, et de folklore, les Belges fréquentaient les cercles étudiants qui intéressaient peu les Français, le mélange entre les deux nationalités se faisait peu. Jusqu’au moment des stages où Français et Belges ont été mélangé et ont resserré leur lien.

Mais qu’est-ce qui amène tous ces Français à franchir la frontière si ce n’est pas notre folklore festif ? D’abord et sans surprise, il y a le fameux « concours » en France pour accéder aux écoles de kiné. Ce concours demande souvent une année préparatoire et est peu en lien avec le cursus. Le pourcentage de réussite est particulièrement bas : aux alentours de 5%. Par ailleurs, ce que l’on sait moins, c’est que ces écoles françaises demandent souvent un minerval prohibitif de cinq à six mille euros par an.

« Encourager la mobilité »

La Communauté française de Belgique a mis en oeuvre un système de tirage au sort pour limiter l’afflux massif de français dans ses universités. En termes de logistique, Nicolas, aujourd’hui assistant à l’UCL, trouve que ces mesures sont justifiées. Suite au tirage au sort, il y a 450 étudiants en première année. Si les tirages au sort n’étaient pas mis en place, ils seraient 800. Les auditoires seraient trop petits pour accueillir un tel nombre d’étudiants et les travaux pratiques impossibles à organiser.

Par ailleurs, Nicolas trouve que les études en Belgique sont chères : 800 euros de minerval, c’est tout de même beaucoup, même si c’est moins qu’en Angleterre ou aux USA. En France, il y a une aide au logement pour les étudiants. L’élitisme en Belgique se trouve à ce niveau-là : les loyers à Louvain-la-Neuve sont très coûteux.

Pour Nicolas, il faut encourager la mobilité car c’est enrichissant d’aller à l’étranger pour étudier. Cela permet de revenir ensuite dans son pays avec l’esprit plus ouvert. Même si la Belgique n’est pas très différente de la France, il y a quand même des nuances dans les mentalités et les façons de faire. Par exemple, le fait que les étudiants discutent avec les professeurs en fin de cours se fait peu en France, alors qu’en Belgique c’est courant. Le fonctionnement de l’université est différent, celui de l’UCL est de meilleure qualité qu’à Nantes. Nicolas considère donc que la mobilité devrait être réciproque : des étudiants belges devraient pouvoir aussi s’inscrire dans les écoles françaises. Pour encourager cette mobilité, la France devrait supprimer les concours. De son côté, la Belgique pourrait améliorer ce qui concerne les logements pour les étudiants.

Portrait réalisé par Claire Wiliquet