Société

Les ondes positives de Molenbeek

8 février 2016

© Charles Regnier

Voilà trois ans que le Centre Communautaire Maritime à Molenbeek accueille des émissions radiophoniques participatives. Des émissions faites, bien souvent, par les gens du quartier pour les gens du quartier : rencontre avec le responsable.

 

Au deuxième étage du Centre Communautaire Maritime (CCM), à coté d’une crèche, d’une école de devoirs et d’un atelier d’alphabétisation, se situent deux petites régies radios entourées d’épais murs en verre. Là, les gens du quartier maritime, jeunes et moins jeunes, se rassemblent pour faire de la radio. Le responsable du projet, c’est Thibault Coeckelberghs. Ce trentenaire dynamique, père de deux enfants, est passé par la comédie avant de se lancer dans la communication puis de travailler comme coordinateur régional du GSARA-Bruxelles. Si aujourd’hui Thibault réalise des activités radiophoniques dans le CCM, c’est dans le cadre de la mission d’activation à l’éducation permanente du GSARA.

Le jeune homme présente d’ailleurs plusieurs émissions, parmi lesquelles : Radio Maritime. Tous les mardis matin, l’émission est diffusée en direct sur radio Panik. Le but du programme? Donner la parole aux molenbeekois. Pour Thibault, il s’agissait de

« créer une émission participative faite par des gens du quartier et qui aborde soit l’actualité du quartier, soit l’actualité en général »

En effet, s’il arrive que Radio Maritime traite de certains sujets plus généraux si l’actualité l’impose, le but principal reste 

« de mettre en valeur tout ce qui se passe dans le quartier et notamment le positif. La première étape a été de rassembler tous les leaders du quartier – ceux qui s’occupent des cours d’alphabétisation, par exemple - et de leur proposer de faire eux-mêmes des reportages. La seconde étape a été d’articuler tous ces reportages autour d’une émission ».

 

Des ateliers pour les jeunes

D’autres émissions radios ont également été mises en place : « Les indescriptibles », une émission animée par des jeunes adolescents du quartier, est reprise en direct sur Radio Tamtam ainsi, qu’en partie, dans l’émission Radio Maritime. Ces jeunes, qui sont inscrits à l‘école des devoirs du centre communautaire, réalisent des reportages et animent une émission d’une heure. Pour Thibault Coeckelberghs,

«  en utilisant le reportage, on a voulu amener le public qui y participe à se déplacer. Ils entendent parler de choses sans vraiment savoir, donc on les amène là-bas. La semaine passée, on les a amenés visiter un squat. Ça a permis de casser plein de préjugés ». Le but pour Thibault est aussi de faire cohabiter les jeunes et les plus vieux du quartier à travers la radio : « c’est une peinture collective du quartier. Les jeunes mettent un trait rouge, les plus âgés un trait bleu. »

 

Molenbeek, une image tronquée

Les médias, Thibault Coeckelberghs les connait pour avoir travaillé dans le milieu pendant plusieurs années. Tout d’abord, pour « Quand les jeunes s’en mêlent », sur la « La Première » : une émission de radio destinée à la jeunesse, dans la lignée de son travail au centre Maritime. Suite à l’arrêt de l’émission, il est transféré « A l’info ». Un changement de cadre de travail qui ne lui plait pas. En effet, si la radio d’aujourd’hui ne séduit plus Thibault, c’est parce qu’elle est devenue trop formatée : « À l’heure actuelle, je trouve que la radio ne t’invite plus à sortir. Tout est basé sur la même conduite. Ce n’est plus excitant ». Ce que Thibault aime dans ses ateliers, c’est justement la liberté qu’ils lui offrent :

« La radio devient un prétexte pour aller dans des lieux où je n’irais peut-être pas si je n’en faisais pas. Maintenant, j’ai plus de liberté. Si j’ai envie de faire une émission de plus d’une heure, je peux. »

Un des objectifs de l’émission Radio Maritime est de changer la perception que les gens ont de Molenbeek. Pour Thibault, la commune est souvent victime de l’image négative qui lui est trop souvent attribuée dans les médias. Pour le jeune homme, si d’aucuns veulent comprendre quelque chose d’aussi complexe qu’un quartier ou une culture, il faut y passer beaucoup de temps. Pour lui, écouter l’émission permet déjà d’avoir, « une vraie vision de Molenbeek ». Le but des émissions radio du CCM est justement de donner la parole aux habitants de Molenbeek pour qu’ils donnent leurs avis sur leurs quartiers :

«  On ne se voile pas la face. Tout n’est pas parfait à Molenbeek. Mais ces émissions permettent aussi de mettre en évidence tout ce qui est fait de bien dans la commune. À Molenbeek il y a aussi énormément d’initiatives positives, il y a énormément de maisons de jeunes, par exemple. »

 

Pas qu’une commune de djihadistes

Parfois, c’est l’actualité qui s’impose à vous. À la suite des tueries de Paris, les médias belges et internationaux ont placé Molenbeek sous la loupe. Radio Maritime a donc naturellement choisi de consacrer une de ses émissions aux événements tragiques de Paris. 

« D’abord, il y avait une volonté de s’exprimer. Les participants avaient envie d’en parler. Ensuite, vu que les médias se sont emballés et ont martelé que le problème était que Molenbeek était une commune de djihadistes, on a voulu faire entendre qu’il était important de ne pas généraliser : tous les molenbeekois ou tous les musulmans ne sont pas des djihadistes ».

Durant l’émission, des non-musulmans ont pu poser des questions aux musulmans afin d’essayer de comprendre pourquoi des jeunes en arrivent à partir en Syrie. Mais aussi, comment en arrive-t-on à avoir une telle lecture du Coran ? L’émission a aussi permis de mettre en évidence la peur de certains musulmans d’être stigmatisés au lendemain des attentats. Egalement au centre des débats, la question du déploiement militaire suite aux attaques de Paris et la crainte de ne voir qu’une réponse militaire et répressive – et non préventive - au problème de l’islamisme radical. Pour Thibault Coeckelberghs, cette émission a permis de rendre compte que :

« Les préoccupations des molenbeekois sont complexes : il ne s’agit pas que de déterminer si son voisin est un terroriste ! »

 

Portrait réalisé par Charles Regnier