Société

Hilario : l'engagement auprès des réfugiés, une vision de long terme

26 novembre 2015

© Photo fournie par Hilario

C'était presque un hasard quand Hilario, 29 ans, s'est engagé auprès des réfugiés au Parc Maximilien à Bruxelles. Hilario s'investit depuis longtemps pour construire des ponts entre les cultures…Mais il ne se doutait pas que sa participation à une réunion de la plate-forme de soutien aux réfugiés le mènerait à gérer d'importants aspects techniques au Parc Maximilien. Quelques semaines après une expérience intense, il me fait part de ses réflexions sur ce bénévolat, dans un café de la Place Flagey, à Bruxelles.

Bonjour, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Hilario, j'ai 29 ans et je travaille actuellement à la STIB en tant que chef de projet dans l'unité métro. Mes parents sont espagnols mais moi, je suis né à Liège. J'ai aussi des cousins qui sont des migrants « économiques ». Ils ont migré en ayant un permis de travail.

Concernant mon engagement bénévole, bien avant mes études, j'avais déjà envie de créer des ponts entre les cultures. Un projet qui m'a fortement marqué est un voyage au Maroc mis en place par la commune d'Etterbeek dans le cadre d'un jumelage. Cela consistait en l'animation d'enfants pendant trois semaines. Ensuite, pendant mes études, je me suis impliqué dans de nombreux projets bénévoles, et par la suite, chez Ingénieur Sans Frontières.  J'avais déjà en moi un intérêt pour les relations Nord-Sud, mais je ne décrivais pas encore cet intérêt avec ces termes précis. Depuis cinq ans, je suis bénévole dans le groupe "JAVVA migration" qui vise à sensibiliser les gens à la thématique de la migration, notamment au travers de courts déplacements à Calais. J'ai vu donc la situation y évoluer, et suis d'autant plus sensible à ce sujet. 

 

Quand as-tu commencé ton engagement au parc Maximilien et dans quelles circonstances ?

J'ai entendu parler de cette migration « de masse » et de la mise en place de la plate-forme via les médias puis ensuite via les réseaux sociaux. Puis des amis m'ont parlé de l'assemblée générale de la plate-forme et je m'y suis rendu après être allé faire un tour au parc Maximilien. Lors de cette assemblée, une fille d'Ingénieurs Sans Frontières m'a invité à la remplacer pour le prochain atelier logistique. Au cours de cet atelier, différents points logistiques ont été abordés, ils avaient besoin de gens qui pourraient s'engager de façon intensive (toute la journée, au moins pendant une semaine)  et gérer des équipes de bénévoles. Ils ont eu besoin d'une personne pour gérer le plan électricité du parc et je me suis porté volontaire.

Au début, je pensais seulement être un intermédiaire mais très vite, je me suis rendu compte que j’étais présent au parc du lundi au dimanche de 8h à 22h, alors que je comptais simplement relayer les informations, les diffuser, gérer les contacts, je suis finalement devenu une personne activement présente au parc durant une quinzaine de jours. Je me suis dit que je pouvais être une valeur ajoutée à ce moment-là.

 

Quel était ton rôle ?

Plus concrètement, j'étais chargé de la gestion technique du camp comme l'électricité ou encore l'approvisionnement en eau. En fait, je m'occupais surtout de la sécurisation du réseau électrique. Médecins du Monde était sur place et nous pouvions compter sur le conseils de Médecins Sans Frontières. Il y avait aussi le SAMU qui s'est très bien intégré à la plate-forme citoyenne ainsi que quelques réfugiés qui participaient pleinement à la coordination de la plate-forme. De mon côté, je participais à la coordination des bénévoles avec qui nous résolvions les problèmes d'ordre technique: fuites d'eau, court-circuits, installations de câbles.... Dans une journée type, je faisais le tour du parc pour vérifier qu'il n'y avait pas de panne, ensuite vers 16h, il y avait une réunion de coordination avec les bénévoles pour leur donner des missions précises. Pour donner quelques exemples de ce à quoi j’ai contribué sur le terrain : nous avons mis en place le câblage pour approvisionner l'école, pour avoir un éclairage de nuit et  pour la tente où les gens venaient recharger leur GSM.

 

Une fois le parc démantelé, qu'as-tu ressenti ?

J'ai vécu le démantèlement du parc à distance le 30 septembre. Le parc Maximilien n'avait pas pour but de perdurer dans le temps, il devait servir de point de transition pour les immigrés. Le temps que l’État prenne le relais simplement. Contrairement à ce qu'on a pu entendre dans les médias et sur les réseaux sociaux, lors des trois dernières réunions de la plate-forme citoyenne, la question du démantèlement a été abordée. Il faut bien comprendre que des tensions commençaient à se créer au sein même du camp notamment à cause de personnes qui rôdaient de plus en plus autour du parc. Il y avait aussi des tensions entre bénévoles eux-mêmes

Je n'ai donc pas directement été touché par ce démantèlement, de plus, mon nouveau travail m'a permis de ne pas tomber dans une sorte de nostalgie du parc Maximilien. Je suis une personne qui aime mettre en place les choses, qui y trouve son intérêt et qui met son énergie par après dans un autre projet. Mais je peux comprendre que certains bénévoles aient pu se sentir dépossédés de leur projet, de leur investissement. D'autant plus que pour certains c'étaient leurs premiers pas dans le bénévolat.

 

En prenant du recul sur cette expérience, qu'a-t-elle pu t'apporter sur le plan strictement personnel ?

J'ai appris à comprendre les limites du bénévole et du bénévolat. Le bénévolat demande un investissement intense et il faut tenir compte de la fatigue des personnes qui s'y consacrent. Cet état de fatigue, de stress, peut avoir un impact sur la gestion des tâches et sur les prises de décisions. Il faut cerner les attentes de chacun, les envies aussi et canaliser cette énergie au mieux. Concernant la gestion de la fatigue, elle peut aller de pair avec les gestions des conflits. J'ai pu compter sur des médiateurs qui ont souvent été de première nécessité pour désamorcer une situation de conflit. De mon côté, j'ai aussi beaucoup appris du change management. Le change management est une discipline qui consiste, de manière résumée, à accompagner les changements. Comme lorsqu'il a fallu annoncer le démantèlement du parc aux bénévoles qui s'y étaient investis corps et âme.

 

Un petit mot pour la fin ?

Durant mon expérience au parc, j'ai parfois été surpris de l'implication de certains bénévoles. Pour certains, comme je l'ai dit un peu avant, c'était leur première fois. Ils ont donné tout ce qu'ils pouvaient et maintenant, j'ai peur qu'ils n'arrivent plus à s'impliquer de nouveau dans une cause. Alors qu'il y en a des milliers. J'ai aussi été déconcerté par ces gens qui n'avaient que quelques heures à consacrer au bénévolat. Comme s'ils venaient faire leur « B.A. » du mois. J'ai associé ça à une sorte de consumérisme du bénévolat et cela m'a attristé.  Je crois qu’ils sont passés à côté de quelque chose. Je pense qu'on ne devient pas une meilleure personne en faisant du bénévolat, nous avons chacun nos raisons de nous engager, il faut juste les reconnaître.

 

Les citoyens seront-ils encore là, quand les caméras n’y seront plus ?

Suite à l’histoire d’Hilario, il me semble intéressant de mettre en exergue les tenants et aboutissants du bénévolat au Parc Maximilien et de m’interroger quant à l’influence des médias sur la mobilisation citoyenne. Il y a eu une mobilisation impressionnante de la part des citoyens faisant écho à une situation étonnante : l’implantation d’un camp de réfugiés au cœur même de Bruxelles. Tous ces bénévoles d’un jour dont m’a parlé Hilario, avaient-ils réellement conscience de l’investissement à fournir ? Est-ce surtout l’ampleur de la couverture médiatique qui les a poussés à s’engager pour cette cause ? Seront–ils encore présents dans quelques semaines, quand les caméras ne seront plus là pour filmer les réfugiés qui arriveront encore chaque jour ? Malgré ces questions issues du constat un peu amer d'Hilario, il faut malgré tout retenir le caractère positif de cette expérience qui a révélé un mouvement citoyen solidaire et qui a eu le mérite d'ouvrir un nouveau débat sur l’immigration.

Portrait réalisé par Elodie Kempenaer