Société

Fatmir Leci, celui qui se trouve là où on ne l'attendait pas…

29 mai 2013

Fatmir Leci est un jeune bruxellois d'une trentaine d'année. D'origine albanaise, son parcours nous permet de découvrir une diaspora méconnue. Il nous permet aussi de découvrir que tout est possible à celui qui possède la volonté ! Un article de Vanessa Kabuta.

Qui es-tu ? D’où viens-tu ?

 

« Je pense que s’il est facile de savoir d’où je viens, il est difficile de savoir qui je suis. Je m’appelle Fatmir et comme le nom le laisse entendre, je suis d’origine albanaise mais natif de Bruxelles. Toutefois, je ne pense pas que mon identité puisse se résumer à cela étant donné les différents facteurs qui ont influencé ma vie jusqu’à présent. J’estime que mon identité a un lien direct avec les environnements dans lesquels j’ai évolué et dans ce cas, ayant été molenbeekois jusqu’à mes 20 ans, j’ai eu la chance de pouvoir évoluer dans un environnement multiculturel assez large. Outre le fait que j’avais des amis d’origines belge, bosniaque, italienne, marocaine, algérienne, albanaise à Molenbeek Saint-Jean, nous avions plus ou moins les mêmes origines sociales puisque Molenbeek Saint-Jean est une commune accueillant une population de niveau social intermédiaire ».

Peux-tu m’expliquer ton parcours scolaire (primaire, secondaire, supérieur) ?

 

« Mon parcours scolaire fut fortement influencé par mon professeur, mon institutrice je dirais, de l’école numéro 1 à Molenbeek Saint-Jean et je souhaite nommer cette personne dans cette interview , il s’agit de Madame Herman. Cette institutrice engagée nous a impliqués dans des projets divers et variés lorsque j’étais en primaire. J’ai par exemple participé à un concours de musique avec ma classe de 4e primaire pour la RTBF, et en 5e primaire j’ai participé à un concours de l’environnement pour lequel nous avons eu le 4e prix. Je pense que ces projets ont fortement influencé le caractère engagé de la personne que je suis aujourd’hui, me mettant chaque fois en question par rapport à l’environnement dans lequel j’évolue.

Lorsque je suis entré en secondaire, j’ai eu la chance de rencontrer un journaliste du quotidien « Le Soir » qui est venu nous présenter la manière dont fonctionne un journal et c’est grâce à lui qu’à mes douze ans, j’ai pu m’éveiller à la vie politique, en prenant conscience des réels problèmes qu’il y avait dans le monde. C’est aussi à cette période que les pays de l’Est ont fait leur révolution et fait tomber les régimes communistes, ce qui a fortement influencé le cours de ma vie. Bien que j’avais initié des cours de technique de qualification en électromécanique, ce n’est qu’en 1999 avec la guerre du Kosovo, que j’ai décidé de choisir la voie que j’ai toujours voulue, c'est-à-dire évoluer dans un environnement international qui traite de la politique et des relations interethniques. Mon parcours à l’ULB m’a permis de m’ouvrir fortement au monde et même aux différentes communautés qui vivent en Belgique, mais m’a aussi permis de me spécialiser dans la région des Balkans, région d’où je suis originaire. Pendant ma période universitaire – chaque fois qu’il y avait un séminaire - j’ai senti comme une obligation de traiter de la question des minorités albanaises vivant dans les Balkans.

Quel est ton parcours professionnel (jobs étudiants inclus) ?

 

Dès l’âge de 16 ans, j’ai voulu prendre mon indépendance financière. C’et pourquoi, j’ai effectué différents jobs étudiants aussi bien durant mes secondaires que mes années universitaires afin de financer non seulement mes études, mais mon permis de conduire ainsi que mes vacances et pouvoir m’acheter les vêtements que je voulais. Cela m’a permis de me rendre compte de l’importance d’avoir un bon job pour pouvoir bénéficier d’un revenu permettant d’accéder à un confort de vie dans l’avenir. Cela m’a aussi permis de me responsabiliser par rapport aux objectifs que j’avais et aux moyens dont je disposais. Et enfin cela a été un véritable boost pour que je puisse finir mes études au plus vite et étudier de manière à ce que je puisse réussir sans avoir trop d’échecs.

As-tu rencontré des difficultés et/ou obstacles pour l’embauche à un emploi ? Sinon dans ton emploi ?

 

Je pense que l’obstacle majeur de la difficulté de trouver un emploi pour un citoyen francophone à Bruxelles, c’est de ne pas parler le néerlandais. A cet effet, je souhaite souligner que, lors de mon parcours scolaire primaire et secondaire mes cours de néerlandais n’étaient pas à la hauteur de faire de nous des citoyens parlant deux langues ou tout au moins maîtrisant moyennement la seconde langue. Ce fut un sérieux handicap pour moi, et j’estime que c’était l’unique handicap que j’ai pu avoir lors de la recherche d’un emploi.

Es-tu fier de ton parcours ? Te voyais-tu à cette place, il y a quinze ans ?

 

Je pense être fier de mon parcours vu les différents obstacles que j’ai connus tout au long de ma scolarité, que ce soit mon origine sociale, que ce soit le fait d’avoir étudié en technique de qualification en secondaire qui ne me préparait pas à des études supérieures et qu’enfin, j’ai pu malgré certains manquements, réussir avec du courage et du travail mes études universitaires sans trop de difficultés.

Aujourd’hui, travaillant dans une des assemblées de ce pays, je pense avoir réussi un sérieux challenge. J’avoue que je suis encore demandeur et je ne pense pas que je me limiterai à cela.

Qu’aimes et/ou regrettes-tu de la nouvelle génération (jeunesse) albanaise de Belgique ?

 

Je n’ai pas de point de vue particulier par rapport à la nouvelle génération albanaise de Belgique, je pense que cette génération vit dans son temps. Temps que moi je n’ai pas connu car l’usage d’Internet n’était pas encore optimal, la possibilité de voyager n’était pas encore démocratique, et la liberté de voyager n’est apparue qu’avec la disparition des frontières. Tous ces nouveaux éléments font qu’une nouvelle génération se crée, se développe, évolue avec des avantages et des inconvénients. Aujourd’hui, la nouvelle jeunesse (albanaise ou d’une autre origine culturelle) a la possibilité de s’enrichir de sa propre culture d’origine tout en s’intégrant à la société dans laquelle elle vit. Toutefois il est important de respecter des valeurs universelles, qui sont le respect de l’autre et la volonté du vivre-ensemble.

Enfin, si certains estiment qu’il y a un réel repli identitaire dans le monde, moi je pense au contraire que –vu la facilité d’accéder à tout un contenu sur Internet par rapport aux musiques différentes, aux discours politiques d’un dirigeant vivant dans un autre continent, par rapport à la télévision étant aujourd’hui sur Internet – il est normal que la génération d’aujourd’hui ait accès à toute une série d’informations qui font son identité, et de surcroît puisse amplifier un trait de caractère qu’il soit musical, ethnique, religieux ou spirituel. J’ajouterai qu’il est important dès le plus jeune âge d’éduquer les enfants à être critiques. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ne m’ont jamais imposé, de manière dogmatique, une idéologie politique ou religieuse. Cela m’a permis de m’épanouir, de me remettre en question et d’accepter plus facilement un point de vue qui pouvait différer du mien.

 

Portrait réalisé par Vanessa Kabuta

J'ai toujours eu un grand intérêt pour les questions liées au développement et à la solidarité internationale. Mais je m'intéresse aussi aux thèmes de société (pauvreté, éducation, immigration...) qui concernent la Belgique, en particulier Bruxelles.