Société

Entre Pologne et Belgique: travailler et construire une vie d'expatriée à Bruxelles

17 juillet 2013

Je rencontre M.* un samedi matin assez tôt. Elle se présente à ma porte avec un sourire communicatif. Je lui offre un thé et on se réchauffe les mains refroidies par le gel. Elle me raconte un peu son expérience en tant que femme polonaise travaillant en Belgique.

M., qui es-tu et qu'est-ce qui t'a amenée en Belgique ?

Je suis polonaise, couturière de formation, mais je travaille comme femme de ménage à Bruxelles depuis six ans. Je suis arrivée ici grâce à ma mère qui travaillait déjà à Bruxelles comme femme de ménage, et grâce à la femme de mon cousin qui m'a proposé un logement et quelques contacts. Ma mère était déjà en Belgique pour gagner de l'argent pour la famille... avec quatre enfants, la situation était très difficile chez nous...

Après quelques années, elle a voulu épargner pour créer une activité en Pologne avec mon père. Ce ne fut pas mon choix à 100% de venir ici. En fait, je viens du « poumon vert » de la Pologne, une région riche en ressources, mais économiquement très pauvre. Dans mon village, des copines qui ont étudié la couture comme moi n’ont pas pu trouver de contrat de plus de quelques mois. Je viens d'un petit village qui s'appelle « Bialystock» . Parfois les gens d'ici le connaissent, il y a beaucoup de Polonais qui sont partis de là-bas. Mis à part le facteur économique, j'avais aussi envie d'un changement dans ma vie, de voir quelque chose de nouveau.

Quelles ont été tes premières impressions en arrivant ici ? Et quels ont été tes premiers pas?

(Elle réfléchit...) « Je me souviens que je regardais les maisons, attachées les unes aux autres... J'aime bien l'art nouveau, l'architecture d'ici, mais je n'imaginais pas une chose pareille ! J'avais l'impression que l'air me manquait, qu'il n'y avait pas assez d'espace pour les arbres !

Au début, je suis restée une semaine avec ma mère, qui m'a montré comment travailler en tant que femme de ménage et comment se faire des contacts. Pendant le temps libre, je me baladais beaucoup avec une copine polonaise. On se connaît parce qu'on a été à l'école secondaire ensemble. On allait visiter des endroits comme la Basilique de Koekelberg, le marché du dimanche. On était seules, on avait beaucoup de temps ! »

Et après ?

Après j'ai connu mon ex-mari, un Polonais comme moi. On a eu une petite-fille. Mais les choses se sont mal passées et peu de temps après je me suis retrouvée seule avec ma fille. J'ai voulu régulariser mon travail parce que je savais que ce serait difficile autrement. J'avais besoin de papiers en ordre pour pouvoir rester et vivre en Belgique en tant que femme étrangère et divorcée. Heureusement j'ai réussi, j'ai même été naturalisée Belge. Mais il faut avoir un bon plan et être déterminée. Malheureusement, il y en a beaucoup qui se perdent, qui sombrent dans l'alcoolisme...

Comment cela s'est-il passé avec les «autochtones » ?

Je ne peux pas dire que j'avais des contacts avec les Belges. Les rapports de travail ne sont pas vraiment des relations. Mon « français » n'était pas assez bon. Je sortais donc avec des Polonais. Aujourd'hui c'est différent. Depuis que ma fille va à l'école, je communique un peu avec des francophones. Sa meilleure amie est belge et je papote pas mal avec sa maman.

Pourquoi selon toi est-ce mieux de travailler ici plutôt qu'en Pologne ?

En Pologne, dans le secteur privé, il n'y a pas de règle, on n'est pas protégé. Soit on accepte les conditions exigées par le patron, soit il trouve une autre personne qui est prête à les accepter. Ici, j'ai aussi voulu régulariser mon travail. Je voulais être sûre de pouvoir me défendre, de voir mes droits respectés. Beaucoup pensent que ce boulot n'est pas assez stimulant mais au moins il est flexible. C'est le plus important pour ma fille et moi.

Pourrais-tu décrire une « journée type » de ton quotidien ?

Je me lève à 6h. À 7h05, j’accompagne ma fille à l'école, et je commence à travailler à 8h. Je travaille chez différentes personnes et heureusement ce n'est jamais trop loin, ni de l'école, ni de chez moi. Je finis vers 17h, je vais chercher ma fille et on rentre à la maison. On soupe et puis dodo.

Est-ce que la Pologne te manque parfois ?

Bien sûr ! Quand je passe la frontière, le ciel est plus bleu, tout change (elle le raconte avec du soleil dans les yeux ! ndlr.) J'aime bien la couleur de la graine en été... La graine pour faire le pain... Je me sens chez moi en Pologne. Mais quand je reviens en Belgique, je me sens Belge. C'est beaucoup mieux comme ça.

Des plans pour le futur ?

Je voudrais mieux apprendre la langue française. Ma fille me fait parfois la remarque que je fais des fautes. Le fait que je sois étrangère n'est pas une excuse. Je ne veux pas qu'elle ait honte de moi. J'aimerais prendre des cours pour mieux apprendre, surtout à écrire et à lire. Parfois c'est assez compliqué pour moi de comprendre une lettre venant de la banque. Quand je serai à la retraite, je rentrerai en Pologne.

Mais M., tu es encore jeune !

(Elle sourit). Je veux continuer à travailler ici en Belgique. Ma fille aime bien la Pologne, notre village, la nature... pour elle, c'est exotique ! Mais je voudrais qu'elle ait les mêmes possibilités que les enfants d'ici. Plus tard, quand elle sera grande, je ne veux pas la laisser toute seule... je ne sais pas...c'est une question à laquelle je dois encore réfléchir.

M. doit partir. Elle va chercher sa fille à l'école polonaise.

* Notre amie préfère rester anonyme

 

Portrait réalisé par Giulia Rampazzo