Société

Anaïs, du Sénégal à la Belgique, les voyages forment sa jeunesse

17 octobre 2013

© Anaïs Verrijtdt. Photo : Amandine Kech

A 26 ans, Anaïs a déjà beaucoup voyagé… du Sénégal en passant par le Venezuela et le Canada, cette jeune bruxelloise a vécu chacun de ses voyages comme une étape décisive de sa vie. Aujourd'hui, elle est à la tête de son asbl Smala, dont les activités visent à sensibiliser à l'alimentation locale et de saison. Anaïs nous raconte comment ses différents périples l'ont menée à ce projet professionnel passionnant et de quelle manière elle en est venue à faire un tour de Wallonie à vélo à la rencontre des producteurs locaux. «Ailleurs», ce n'est pas si loin finalement…

Projet interculturel au Sénégal : une influence sur ses voyages ultérieurs

Anaïs Verrijdt l’affirme : « les voyages m’ont construite ». Petite fille, ses parents l’emmènent avec ses frères pour des vacances sous tente ou en camping… Puis, 15 ans dans les mouvements de jeunesse confirment son plaisir à vivre dans la nature, même s’il faut se laver dans la rivière ! Ces expériences imprègnent Anaïs sans qu’elle s’en rende vraiment compte… Au sortir de ses études secondaires, elle accomplit son premier grand voyage : un projet interculturel au Sénégal avec l’organisation Asmae. Elle se souvient :

« C’était un choc ! Je me suis posé plein de questions… Qui suis-je, moi,  petite européenne ?  Je me suis fait des amis sénégalais, nous avons parlé de la manière dont on vit en Belgique, de la façon dont on vit au Sénégal, des raisons qui poussent tant de sénégalais à vouloir partir… »

Au retour, Anaïs décortique ce voyage avec l’organisation Asmae, puis devient formatrice bénévole, pour encadrer les autres jeunes qui partent et reviennent de chantier. Cette expérience la marque durablement et influence ses voyages ultérieurs. 

 

Un tour du monde avec 12 kilos dans son sac-à-dos

Elle entreprend ensuite des études en sociologie, qu’elle interrompt après 4 ans. Son frère et elle décident de faire ensemble un tour du monde. L’argent nécessaire à ce projet est récolté en travaillant et …

« 2 ans plus tard, nous sommes dans l’avion, en partance pour le Venezuela ! L’expérience avec Asmae m’avait appris que je ne voulais pas du tourisme de masse : je souhaitais des rencontres authentiques avec les gens, m’imprégner de la culture de l’Autre, être réceptive à plein de sensations. »  

12 kilos dans son sac –à-dos, c’est tout ce qu’Anaïs porte pour ce tour du monde. Chaque jour, son frère et elle doivent trouver un logement et décider de quoi demain sera fait. Elle prend alors conscience qu’on peut vivre avec peu de choses et est heureuse de chercher davantage de ressources dans les rencontres : un sourire, un remerciement.

« Je suis revenue en Belgique complètement chamboulée de ce voyage. En allant travailler, un matin très tôt, je suis passée par la Grand’Place, et je me suis sentie chez moi, c’était une sensation nouvelle et étrange… Pourtant j’ai eu du mal à prendre mes repères. Quelques semaines après l’effervescence du retour, je n’arrivais plus à me sentir bien dans mon pays. »  

 

A Montréal, elle se passionne pour la consommation éthique et décide d’en faire son métier

Anaïs repart, pour Montréal cette-fois. Elle y rencontre des personnes très branchées sur le développement durable et la consommation éthique. Un matin, elle a le déclic.  Sa passion pour la cuisine, son intérêt pour la consommation durable, son projet coule de source : elle veut sensibiliser les gens à l’importance de bien se nourrir avec des aliments locaux et de saison. L’idée est tellement forte qu’elle en écourte son séjour au Canada pour rentrer en Belgique et se mettre au travail. Comment explique-t-elle cette inspiration ?

«En Belgique, je n’aurais jamais  pu avoir cette idée. Au Canada, je me suis recentrée. En voyage, je réfléchis à ma position dans la société, aux actes que je pose au jour le jour, je pense à moi.  C’est au cours de mes voyages que  je trouve un sens à ma vie en Belgique. »

 

A vélo,  à la rencontre des producteurs belges

Ce ne sont pas uniquement ses voyages qui influencent ses choix, sa personnalité et sa manière de fonctionner sont déterminantes. A son retour, elle monte l’asbl Smala, laquelle propose des tables d’hôtes, des ateliers culinaires et des paniers malins, tout cela pour promouvoir la nourriture locale et de saison. Très vite, avec des amies, elle conçoit un nouveau projet : aller rencontrer les producteurs belges, mais pas n’importe comment ! A vélo !   

«  J’ai eu le sentiment de vouloir connaître mon pays ! Je voulais savoir comment ça fonctionne chez les producteurs que je rencontre au marché. Nous avons roulé par 35 degrés. Arrivées au Bois de la Cambre, on était déjà mortes de fatigue ! Et nous sommes quand même parvenues à Enghien le soir ! »

Les yeux pétillants, elle raconte :

« Chaque jour était un nouveau défi : nous ne savions pas comment serait la route et où nous allions dormir. Les habitants des villages que nous avons traversés étaient super accueillants. Ils nous ont hébergés, ils nous ont accompagnés. Je pense à Martine et Isabelle d’Ecaussinnes ou à ma tante de Libramont.  J’ai eu les mêmes sensations en roulant à vélo en Ardenne qu’à moto dans le Nord du Viet Nam, c’était magique. On recommence l’année prochaine !  Nous allons découvrir la Flandre ! »

 

« Je veux trouver qui je suis » est un leitmotiv des voyageuses et bourlingueurs dans la vingtaine, et à tout âge. Outre les études, le travail, la vie en couple, le voyage est ainsi un processus au cours duquel on peut trouver sa voie. Si on rassemble les moyens financiers, on peut se permettre d’aller loin et pour longtemps : être dépaysé et se heurter avec plaisir ou déconvenue aux chocs culturels… Mais vagabonder dans son propre pays peut également s’avérer tout aussi passionnant, comme nous le racontait l’excellent film belge Mobil Home. L’expérience stimulante d’Anaïs en est une autre preuve. Alors, de l’autre côté de la rue ou au bout du monde, quand partez-vous en voyage ?   

 

Pour plus d’infos sur Smala Asbl : www.smala-asbl.com

et sur Asmae : www.asmae.org

 

 

Portrait réalisé par Amandine Kech

Amandine est animatrice et coordinatrice de MagMA. Elle est passionnée par la diversité des cultures et des milieux sociaux.