Culture

Géraldine, les Diables au corps

4 juillet 2014

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Géraldine, 26 ans, travaille pour l'association Justice et Paix en tant que responsable de l'animation et des thèmes liés à l'Amérique latine. Elle est aussi une fervente supportrice de l'équipe nationale belge de football, les Diables Rouges. Je la rencontre le soir du troisième match de poule de la Belgique pour tenter de comprendre l'engouement que suscite l'équipe nationale dans le Royaume.

Waar is da feestje ? Hier is da feestje ![1]

Ce soir-là, elle va voir le match au stade Heysel. « Il y a un grand écran et on espère être dans un cadre avec une plus grande mixité sociale que le bar où on était pour les deux derniers matchs. » Ses critères pour apprécier un match de football ? Être entourée de sa bande d’amis – filles et garçons, dans un lieu avec du monde et de l’ambiance, et où elle peut bien voir l’écran.

Pendant le premier match de la Belgique en Coupe du Monde contre l’Algérie, elle était stressée, puis un peu surprise par le résultat final. « C’était pas gagné d’avance : j’étais hyper soulagée, je n’y croyais presque pas ! »

Elle n’est pas la seule. Circulation détournée, chars improbables et accoutrements rouge et or : les supporters des Diables Rouges improvisent ce soir-là une folle parade sur la place Flagey, comme ailleurs à Bruxelles et en Belgique. Au son des klaxons et des chants, les supporters bloquent la circulation dans une ambiance bon enfant.

 

Diaporama photo avec les supporters à Flagey (Bruxelles)

 

J’ai beau savoir que les Belges n’ont pas été en Coupe du Monde depuis douze ans, cet enthousiasme pour une victoire en premier match de poule, contre une équipe bien moins classée,[2] est surprenanr.

Des enfants, des parents, des jeunes, des moins jeunes, des francophones, des néerlandophones, des étrangers résidant en Belgique, ou des Belges venus d’ailleurs : j’ai l’impression de voir et d’entendre danser et chanter un microcosme de la Belgique. Un microcosme plutôt représentatif de la diversité belge, même s’il ne s’agit que de ceux qui aiment un peu, beaucoup ou passionnément le foot.

A défaut de pouvoir demander à chacun de ces supporters pourquoi cette victoire les rend si heureux, je tente de comprendre avec Géraldine comment on devient une supportrice de football et d’où vient cet engouement quasi-national pour les Diables Rouges. Même le Roi a fait un selfie avec les joueurs après leur qualification en huitième de finale !

 

« Les joueurs, je les apprécie comme si c’était des potes. Je les trouve très attachants, ils ont un vrai potentiel sympathie ».

Sa passion du foot lui vient de son père, « un grand fan du Standard ». Elle aussi soutient l’équipe de Liège, mais  « sans être extrémiste »« Après la période des posters de boys band, je me suis mise à découper tous les articles sur le Standard pour les afficher aux murs de ma chambre ou les conserver dans un album. »

La dernière participation des Diables à la Coupe du Monde remonte à 2002. Elle m’explique que depuis, l’équipe - alors junior - s’est faite remarquer aux Jeux Olympiques de Pékin de 2008, où ils avaient atteint les demi-finales. « J’ai commencé à les suivre à ce moment-là. Puis j’ai regardé toute la campagne de qualification qui a commencé il y a maintenant un an et demi. Je n’ai pas raté un seul match ! » Elle a l’impression de connaître les joueurs : « je les apprécie comme si c’était des potes, je les trouve très attachants, il ont un vrai potentiel sympathie. »

Quant à Marc Wilmots, l’entraîneur, «il incarne l’unité du pays – s’il y en a une. Il parle les trois langues couramment, et le fait qu’il parvienne à unifier tous ces joueurs qui parlent des langues différentes en une équipe qui gagne, c’est un peu comme une métaphore du pays. C’est un vrai personnage rassembleur.»

Florence Vandesteene, permanente pédagogique chez Resonance asbl, un réseau de formation pour la jeunesse, a une analyse similaire : « En Flandre tout comme en Wallonie, les façades s’habillent du drapeau national. Ce symbole fort reflète un sentiment d’appartenance plutôt rare dans notre pays où les manifestations d’identité nationale sont peu recherchées et revêtent un caractère exceptionnel. La Coupe du Monde possède donc ce mérite d’ouvrir une parenthèse, un moment de répit dans les querelles communautaires (…). »

Géraldine m’apprend enfin que l’engouement du public pour les joueurs a aussi été facilité par une bonne communication et par le marketing des sponsors : « Pendant les qualifications, les Diables lançaient des défis au public, par exemple pour gagner sa photo sur leur bus. Même pendant leurs entraînements publics, il y avait des milliers de visiteurs. Les joueurs sont très proches des supporters, et le reportage de dix épisodes « Les Diables au cœur » les a aussi aidés à créer cette proximité. »

 

Troisième mi-temps

Pour la suite de la compétition, elle espère que les Diables vont atteindre les quarts de finale : « C’est possible ! S’ils vont plus loin, ça va être la folie. Mais ce qui est horrible c’est que je serai à un mariage le soir des quarts de finale, donc je ne pourrai sans doute pas voir le match ! »

Depuis mon entretien avec Géraldine le 27 juin, les Diables Rouges se sont en effet qualifiés pour les quarts de finale. Immédiatement après leur victoire sur les Etats-Unis, les supporters se sont à nouveau réunis place Flagey.

Découvrez ce moment en images avec la vidéo ci-dessus !


[1] « Où est la fête ? La fête c'est ici ! »

[2] L’Algérie est 22ème au classement FIFA, la Belgique 11ème

 

Portrait réalisé par Héléna Van Aelst

Héléna a étudié les sciences politiques et travaille sur des questions sociales dans le milieu associatif.