Convictions

Yassine et Jérémie, engagés dans la coopération au Sénégal : une expérience bouleversante.

12 juin 2014

© Bérénice Magloire

Yassine et Jérémie, âgés respectivement de 19 et 18 ans, font partie des 15 élèves de l'Athénée Royal d'Ixelles qui ont eu l'opportunité de vivre une expérience peu commune. Ils sont partis au Sénégal pour participer à un projet de coopération au développement avec l'association Asmaé et le programme Move With Africa de la Libre Belgique. Quelles sont les motivations qui poussent ces jeunes à s'engager en Afrique ? Pourquoi se lancer dans de tels projets à l'heure actuelle ? Je les ai rencontrés juste après leur retour.

« On doit vivre la chose pour la comprendre » Jérémie

C’est la deuxième fois que l’école participe à ce projet. L’appel à candidature avait déjà connu un franc succès l’an dernier. Cette année, pour pouvoir figurer parmi le top des candidats et avoir une chance d’être sélectionné, les élèves ont dû remettre une lettre de motivation, avoir des notes scolaires régulières et démontrer leur motivation au fil de l’année.

 

Pourquoi s’engager aujourd’hui en tant que jeune ?

La première réaction que j’ai eue en écoutant Jérémie et Yassine fut causée par le fait que le concept d’engagement a, pour eux, une dimension très forte. Tous les deux avaient déjà eu l’occasion de travailler bénévolement dans diverses associations. Jérémie était vendeur dans des marchés équitables et Yassine faisait du bénévolat dans des mosquées, mais leurs actions et leur dévouement leur apparaissaient comme normal. Aider son prochain, c’est normal et ne suffit pas selon eux pour parler d’ « engagement ». Par contre, se rendre en Afrique pour « découvrir d’autres cultures, échanger sa culture avec d’autres personnes, travailler ensemble pour créer un projet », aller à l’encontre des préjugés pour aider son prochain, voilà leur idée de l’engagement !

Aider les autres a d’ailleurs été leur première motivation pour se lancer dans ce projet. Nous n’avons pas tous la même chance en arrivant au monde et la nouvelle génération –considérée à tort comme individualiste— n’est pas aveugle face à ce constat universel.

 

Les valeurs se perdent-elles dans la société moderne ?

Pas du tout, puisqu’elles sont pour tous les deux la principale raison de leur engagement. En effet, ce seraient les valeurs prônées par une association qui les motiveraient à se lancer, plutôt que les actions et projets mis en place. Jérémie ajoute cependant qu’ « être dans la continuité et voir l’accomplissement » sont aussi des éléments qui lui importent.

Si une grande partie du voyage (le sponsoring, la mise à disposition d’une page web consacrée aux reportages des élèves, la préparation et la réservation du voyage, entre autres) a été organisée par le journal La Libre Belgique –dans le cadre de son projet Move with Africa–  quelques fonds ont dû être rassemblés par les élèves. Ces derniers n’ont pas hésité à s’organiser pour lancer des actions spontanées afin de pouvoir financer les coûts liés au voyage (vaccins et passeports, principalement). On pourrait donc ajouter la solidarité et le goût de l’initiative au nombre de leurs valeurs.

 

La solidarité entre jeunes, au-delà des frontières et des différences matérielles

Une fois sur place, les accompagnateurs et les jeunes ont été encadrés par Asmaé.  L’organisation belge a pour mission d’accompagner « des jeunes en termes de citoyenneté, de coopération et d'éducation au développement ». Si sa base est en Belgique, elle s’occupe de mettre en place différents projets au Sénégal, en Egypte et au Maroc. En optant pour cette association, le choix était de mettre délibérément l’accent sur les relations et la solidarité entre jeunes, indépendamment de leur pays d’origine. Durant deux semaines, ce petit groupe de motivés de l’ARI s’est mis au rythme du pays et de ses habitants : vivre dans un village sans eau ni électricité situé à une soixantaine de kilomètres de Dakar, construire un mur d’enceinte pour une école, dormir dans un dortoir avec d’autres jeunes membres d’une association locale…

 

Profiter des leçons tirées de leurs expériences pour mieux construire leur avenir

Au retour, lors de ma rencontre avec Jérémie et Yassine, ils m’ont fait part de leurs impressions. Tous les deux partagent le même avis à propos de l’expérience : elle fut marquante : « On a découvert d’autres personnes, d’autres mentalités, d’autres manières de vivre » nous explique Yassine.

Jérémie évoque surtout le fait que sa vision du monde a changé. Ce jeune, né en France, vivant en Belgique et d’origine congolaise, n’avait jamais posé un pied sur le sol africain. En échangeant pendant deux semaines avec d’autres jeunes aux origines et parcours divers, il a pu confronter ses préjugés aux faits et réalités du pays : « au final, ils sont comme nous ».

Au-delà de sa vision biaisée, c’est aussi son comportement qui s’est amélioré grâce à ce séjour. D’un tempérament assez nerveux, il a appris à se tempérer et à mieux exprimer sa colère en échangeant avec des Sénégalais.

Quant à Yassine, son comportement a principalement changé au niveau de sa consommation. Amateur de jeux vidéo, il dépensait sans trop compter. « Quand on voit comment on gaspille, l’argent, la nourriture…et eux. On voit vraiment deux mondes différents et quand on revient ici, on a un déclic » déclare-t-il. Aujourd’hui, il a pris conscience de manière plus radicale qu’on n’est pas tous logés à la même enseigne. Il est plus attentif à sa manière de gérer son argent et à ses dépenses. La culture de la consommation ne l’atteint plus autant.

 

« Et maintenant, on va où ? »

Alors que les deux dernières années d’études secondaires sont décisives quant à l’orientation des études supérieures, je les sens motivés à poursuivre leur chemin en marketing tout en maintenant un intérêt pour le social. Bonne route !

 

Envie d’en savoir plus ?

  • Move with Africa : ce sont en tout 10 classes, près de 150 élèves, qui partent dans 5 pays africains. Retrouvez le projet  et leurs récits
  • Asmaé: association existant depuis 1981, Asmaé se donne pour mission de renforcer les capacités des jeunes à être des citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires au travers de trois lignes d’action : éducation au développement, expérience du partenariat en réseau et éducation par l’action. Plus d’infos sur leur site : 
  • Pour aller plus loin sur les projets d’écoles : « Collaboration réussie autour d’un projet d’éducation citoyenne à l’école ! » 

Portrait réalisé par Bérénice Magloire

Bérénice s'intéresse à l'histoire et aux cultures qui ont créé et continuent d'animer l'Europe, et plus particulièrement comment et pourquoi les mouvements de populations enrichissent nos vies. Elle veut contribuer à une meilleure compréhension de l'Autre