Convictions

Stéphane, de confession juive, fervent défenseur de l'ouverture d'esprit

18 septembre 2015

© Steven Copias

Pour Stéphane, jeune bruxellois de 24 ans terminant ses études d'ingénieur civil et très intéressé par le monde du développement et de la coopération, religion et spiritualité vont de pair avec ouverture d'esprit. Bien que le judaïsme soit la composante fondamentale de sa foi, ses valeurs sont également influencées par son environnement ainsi que par les messages transmis par d'autres religions. Rencontre enrichissante avec un jeune homme réfléchi et partisan d'un plus grand dialogue entre individus…

Le judaïsme comme héritage…

La religion juive est avant tout pour Stéphane « un héritage familial. C’est l’histoire de ma famille, de mon peuple plus largement ». Elle est également selon lui constituée d’un ensemble de valeurs telles que la tolérance, l’ouverture aux autres ou encore l’importance de la famille. L’abnégation, l’entraide, la volonté de se battre et d’aller de l’avant en font également partie, issues des nombreux déplacements et défis auxquels le peuple juif a dû faire face au cours de son Histoire. 

Baigné durant son enfance dans le judaïsme, Stéphane développe « un amour pour la religion juive » basé sur ces valeurs, qui deviennent pour lui une sorte de moteur. Il les intègre et souhaite les partager. Après des études primaires dans une école juive, lorsque ses parents lui demandent s’il souhaite poursuivre ses études dans une structure judaïque ou dans un système mixte, Stéphane opte ainsi sans hésiter pour la seconde option, quitte à se confronter à des modes de pensée différents.

« Je trouve cela dommage de s’enfermer dans quelques chose ».

Vivre dans la capitale de l’Europe, cosmopolite et multiple, est-il également à l’origine de cette ouverture d’esprit ?

« L’environnement joue toujours un rôle important, donc oui probablement. Si j’avais vécu en Israël ou dans certaines villes des États-Unis comme New York, où les juifs et la religion juive sont présents dans la vie quotidienne, j’aurais sûrement été un juif différent. En Europe, ma réponse personnelle a été de m’ouvrir par rapport aux problèmes, d’avoir envie d’en discuter, d’amener les gens à en discuter, de rentrer sans peur dans certains débats  ».

Et cette ouverture d’esprit amène également Stéphane à faire certains choix quant à la pratique de sa religion au quotidien.

…adapté selon des choix personnels…

Pour Stéphane, le judaïsme est une religion très codifiée et il souhaite avant tout en appliquer les principes qui lui font prendre conscience de certaines valeurs, ou qui sont intimement liés à l’Histoire de son peuple. Ainsi, il participe beaucoup aux fêtes judaïques, transcriptions d’un héritage commun à tout juif. Il va par exemple bientôt prendre part à la fête de Yom Kippour, également appelée le Jour du Grand Pardon.

« Pour cette fête, nous devons jeûner pendant 25 heures. Je trouve cela très beau pendant une journée d’oublier tout ce qui est matériel et de se consacrer à quelque chose de beaucoup plus spirituel, repenser à ses péchés, à ce que l’on a fait durant l’année, essayer de demander pardon et d’accepter le pardon des gens… ».

Dans quelques mois, il participera également à la fête de Pessa’h*, associée notamment à la sortie d’Égypte du peuple juif. Selon lui, ce lien à l’Histoire « donne un sens, une valeur à l’évènement ».

Stéphane est donc bien plus attiré par ces moments qui ont marqué l’Histoire du peuple juif et ont contribué à l’apparition des valeurs promues par le judaïsme que par « l’application de lois ou de préceptes au quotidien ». D’autres prescriptions, comme le fait de manger casher, ne lui « parlent pas ». Non pas qu’il les trouve contraignants mais ces codes n’ont pas de réelle signification pour lui. « Certains en avaient à une époque mais selon moi n’en ont plus aujourd’hui » avance-t-il. Cette interprétation personnelle des rites prête parfois à discussion, notamment au sein du cercle familial.

Ainsi, Stéphane s’est déjà interrogé sur la transmission de sa religion à ses enfants en cas de mariage « mixte » (avec une non-juive)**. Mais il rappelle rapidement que;

« Cette transmission par la mère n’est pas si importante, à partir du moment où l’on transmet avant tout une éducation et un héritage. Je donnerai à mes enfants tout ce que l’on m’a donné de ma religion mais pas de manière trop codifiée, en insistant aussi sur les nuances et les valeurs. Je veux que l’ouverture d’esprit prédomine ».

Sa conception de la foi juive obéit donc en partie à des interprétations personnelles, tout comme sa vision élargie de la spiritualité.

…et accompagné d’une spiritualité élargie

Stéphane le clame en effet haut et fort, il est « passionné par les religions ». Et il admet volontiers qu’il croit davantage en une « entité supérieure, quel que soit son nom, qu’en un Dieu décideur tel que décrit par la religion juive ». Cette conception particulière de la spiritualité lui vient en grande partie de ses rencontres et de ses voyages, notamment en Asie. Stéphane a ramené d’Orient une certaine admiration pour le bouddhisme et l’hindouisme, et leur « aspect spirituel très important ». Selon lui, la question de la spiritualité est liée à celle de l’âme ainsi qu’à des valeurs d’entraide, d’échange, d’espoir et surtout d’amour pour le prochain.

« Pour moi, toutes les religions ont ces fondamentaux que je trouve magnifiques et extrêmement importants. Au final, c’est cela qui lie les religions, alors qu’on a tendance à les dissocier ».

Mais comment dès lors promouvoir cette ouverture d’esprit pour éviter la méfiance entre communautés ? La réponse de Stéphane est claire, et elle s’appuie sur le dialogue :

« Je pense que la peur vis-à-vis d’une religion vient souvent d’une incompréhension de la religion, ou d’une mauvaise compréhension de la religion. Je crois que le fait d’être ouvert et de pouvoir en discuter facilement diminue les craintes des gens. Une discussion claire et libre est le meilleur moyen pour que les gens s’intéressent à cela, partagent ce que tu as à partager. Cela implique de ne pas avoir peur de rentrer dans des sujets parfois délicats avec certaines personnes, défendre certaines positions mais surtout rester ouvert et à l’écoute de tous les points de vue ».

L’échange culturel est donc au centre de la relation de Stéphane avec sa foi et avec le monde qui l’entoure, animé par la conviction que le dialogue au quotidien et à l’échelle locale est le premier outil à utiliser pour contrer la méfiance et les craintes entre personnes de religions différentes.

Si vous lui demandez ce que sera sa foi dans les prochaines années, Stéphane répondra que son évolution sera bien sûr liée aux personnes et aux évènements qui marqueront sa vie.

« Je garderai mon amour pour ma religion juive, qui me tient à cœur, avec tout un côté spirituel amené par mes rencontres et mes voyages. Il y aura une sorte de continuité, je ne pense pas qu’il y aura un revirement de ma façon de voir les religions ».

On peut en tout cas être certain que Stéphane saura conserver la liberté et l’ouverture d’esprit qui caractérisent si bien sa personnalité !!

 


* La fête de Pessa’h, traditionnellement considérée comme la « Pâques juive », regroupe en fait deux célébrations bien distinctes associées à la sortie d’Égypte du peuple juif ainsi qu’à la germination de l’orge et au cycle agraire annuel.

** Selon la Halakha, aussi dénommée “Loi juive”, l’identité juive se transmet par la mère.

 

Portrait réalisé par Steven Copias

Passionné de voyages et de géopolitique, Steven est également intéressé par les problématiques du développement et de la coopération. Au travers de ses entretiens, il souhaite promouvoir la diversité culturelle et le dialogue.